Bolivie - Cochabamba - El Campo (Valle Alto, Mizque, Aiquile)
Le choc de la campagne contre la ville...
El Campo... Que dire de la campagne en Bolivie, sinon qu'elle n'a rien, mais alors là rien, à voir avec les villes... C'est un peu comme si à deux heures de Bruxelles, existait un village africain... Bon, j'exagère mais à chaque aller et retour, un choc énorme!
Dans le campo, pas d'eau courante, pas d'électricité, pas de chauffage... bref, aucun signe de ce que aimons nommer "civilisation"! Mais, de l'autenticité à revendre, beaucoup de dureté dans les conditions de vie, d'hygiène...
Cela fait plusieurs fois que nous allons à Vila Vila, Mizque, Aiquile et autres pueblitos du Valle Alto (campagne environnant Cochabamba) et j'avais aussi envie de vous faire partager cette Bolivie là!
Affiche du taller en controle social
Pour briser la glace, chacun dessine l'autre...
Ici le taller en "control social" de Aiquile... Un taller c'est un atelier participatif qui réunit des gens de tous horizons dans ce cas-ci: campesinos (paysans), architectes, comptables, cholitas (paysannes), économistes. Bref des gens des villes et de la campagnes, des pauvres et des riches, des gens éduqués et des qui ne savent quasi rien... Et tous sont là pour partager leur expérience en controle social, guidés par les gens d'AYNISUYU, l'ONG de Manu).
Le controle social est un principe législatif mis au point pour controler via les Comités de Vigilance (association de citoyens) comment les alcaldias (Conseil Communal, Mairie) dépense l'argent mis à leur disposition par le pouvoir central via la loi de décentralisation (qui pour la première fois voit les communes gérer une partie de la recette des impots et de l'aide internationale) afin de faire baisser la corruption qui, vous vous en doutez est ici une institution quasi généralisée. Théoriquement les Comités de Vigilance peuvent aussi faire des propositions de projets de développement aux Alcaldias... Le problème est que dans les communes rurales, presque personne ne s'y connait en comptabilité simple, ni en gestion de projets... alors comment controler efficacement une compatabilité et faire des propositions de développement... Et c'est là qu'interviennent les ONG'S, pour former et aider les Comités de Vigilance... Mais vous vous en doutez, avec des moyens dérisoires...
Donc même si le mécanisme fonctionne peu ou mal, il progresse et a en plus des "dommages colatéraux" bénéfiques comme l'augmentation des connaissance moyennes (formation des gens du comité de vigilance qui surveillent les Alcaldias), la prise de conscience de ce qu'est le pouvoir et la démocracie participative (les gens ont des droits), le renforcement de l'identité nationale (enfin on sait qu'on est en Bolivie, que la capitale est La Paz et que le gouvernement existe et fait quelque chose pour les campagnes pauvres), l'augmentation des interconnexions entre les classes sociales (tous peuvent participer aux Comités de Vigilance)... Bref un prise de "conscience citoyenne" comme dirait Van Cau (qui souhaiterait instaurer ce système en Wallonie).
Des discussions tous ensemble
Ou en plus petits groupes
En Bolivie, plus on parle longtemps, plus on est important... La qualité de l'exposé importe peu, ce qui compte au-delà de tout, c'est de tenir le crachoir le plus longtemps possible. Ce qui n'est pas sans frustrer mon idée très occidentale d'efficacité, de rentabilité, d'efficience quoi !
Là, le champion toutes catégorie est encore en train de dire peu (en terme de contenu) en très très longtemps
C'est certainement un homme important dans sa communauté.
Et pour terminer, remise des diplômes!
Après le taller de Alquile, nous voici partis en minibus local pour Mizque. Nous arrivons le soir tard et allons dormir à la centrale Campésina de Mizque (dortoir construits par une ONG étrangère) pour permettre aux campésinos, qui viennent parfois de loin (6 heures de marche), d'assister aux réunions.
Le lendemain, nous nous trouvons comme prévu à l'Alcaldia (Maison Communale) pour la réunion... Mais personne. Manu et moi allons nous ballader après deux heures d'attente. Nous revenons dans l'après midi et surprise, il y a une personne sur les 12 ou 15 qui est là... Nous apposons une pancarte disant que la réunion est reportée à demain 8h00 et partons dormir chez Don Mario, environs à deux heures de marche du village.
Nous arrivons dans la nuit et sans éclairage (certainement 200 m de dénivelé entre la route en hauteur et la vallée) dans une maison d'adobe sans eau ni électricité, et grignotons un morceau de pain avant de nous coucher... Il n'y a qu'un lit est nous sommes 5... Les deux filles dans le lit et les 3 mecs par terre sur des peaux de chèvres (il reste encore des morceaux de chair à certains endroits) dont l'odeur est insoutenable... Au bout de 15 minutes de demi-someil, je me réveille, et ne peux plus supporter l'odeur qui règne. Je me lève et prends mon sac de couchage, je dormirai dehors, même si la nuit est très froide... Je m'assoupis tant bien que mal et vers 5h00 du matin (il gelait), je rentre pour 1 heure puisqu'à 6h00, tout le monde se lève pour aller au taller. Quelle santé!
L'équipe d'Aynisuyu de contrôle social en marche.
Mario, Emanuela, Angelica, Ramon et Guido
La maison de Don Mario...
Avec au fond, mon lit (le tas de grillages)
Et on fait la vaisselle dans la rivière, et je vous jure qu'au petit matin, il ne fait pas bon se mouiller les mains, avec ce froid!
Le lendemain au petit déjeuner: thé, viande sèchée de lama et pommes de terres avec salade de tomates et oignons (pas de pain dans le campo)... Moi qui ne déjeune déjà pas en Belgique... Dommage, il parait que le charque (viande sèchée était très bon).
Mais si ce n'était que pour l'image qui va suivre, le campo vaut la peine... Le point de vue sur la vallée de Don Mario, époustouflant!
La vallee de Mizque
Pour le lendemain, nous avions convenu avec l'Alcaldia que son chauffeur viendrait nous chercher à 6h00 précises... évidemment personne... En ronchonnant, nous marchons une heure. Puis comme Angélica n'en peut plus, nous nous posons en espérant qu'une voiture passe le plus vite possible. En attendant, Don Mario part nous montrer un site "inca" (en Bolivie, tout ce qui est vieux est "inca") ou il a trouvé des vases... En revenant, nous apprenons qu'un camion est passé il y a 1/2 heure dans un sens et qu'il repasse nous rependre au retour... Une heure après, il repasse avec tant de gens dans la remorque que Ça parait une blague! Je me retrouve accroupi entre un clebs qui grogne et des campesinos qui me regardent comme j'aurais regardé un martien sur la grand place de Bruxelles! Bref un voyage inoubliable!
Arrivés au village, nous apprenons que les campésinos, furieux de notre retard, ne veulent plus faire la réunion... C'est vrai que nous avons 3 heures de retard, mais dues à l'Alcaldia! Et finalement eux reconnaissent qu'ils ont un jour et demi de retard, mais ce n'est pas la mêmes chose! Je n'en croyait pas mes oreilles (le respect élémentaire manque souvent on a parfois l'impression que pour eux, les ONG's sont à leur service et qu'on peut tout leur demander, finalement une sorte de boy quoi). Après 1 heures de palabres (sans exagérer), la réunion peut commencer... La notion du temps peut varier, j'en conviens, mais elle varie toujours dans le même sens!
Bref, durant cette semaine au campo, j'avoue que j'ai eu quelques fois les boules, mais en y repensant, quels bons souvenirs!
Merci à Don Mario pour son hospitalité, à Don Guido et à Don Ramon pour m'avoir permi de les suivre une semaine dans le campo.
Pour plus d'informations sur le contrôle social et le travail d'AYNISUYU dans le campo, voir le Site d'AYNISUYU (en espagnol).