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Feuille de coca - Cocaïne, même combat?

Introduction: Comment la feuille de coca est devenue illégale?

En 1961, les Nations Unies inscrivaient la feuille de coca sur la liste des drogues... Et en 1971, l'OEA (Organisation des Etats Américains) en interdit la culture, la consommation, la commercialisation et à fortiori l'exportation... Or la "drogue" visée est en fait la cocaïne, issue de la feuille de coca après un long et compliqué processus chimique de transformation... Petite histoire d'un produit.

Ce qui suit est mon point de vue sur la question, et ne consiste en aucun cas en une solution miracle au problème de la drogue... Je pense simplement qu'interdire la feuille de coca sous prétexte qu'elle sert à fabriquer la cocaïne est simpliste, stérile, démagogue et relève une fois de plus d'une politique qui nie les droits ancestraux et la culture des paysans descendants des Aymaras, Incas et autres peuples précolombiens, pour satisfaire les besoins politiques de l'occident.

Petite histoire de la feuille de coca

La feuille de coca compte de nombreuses espèces et variétés. Elle est utilisée depuis plus de 5000 ans par les civilisations précolombiennes et fait partie intégrante de leur civilisation. Production agricole à part entière, elle intègre leur pharmacopée ancestrale, leurs rituels sociaux et religieux, encore aujourd'hui... Les légendes Incas rapportent d'ailleurs que le Dieu Soleil créa la Coca pour étancher la soif, éteindre la faim et faire oublier la fatigue aux hommes. Les Indiens aymaras, dont la civilisation s'est épanouie dans la région du lac Titicaca avant l'arrivée des Incas, lui ont donné le nom de khoka , qui signifie " l'arbre par excellence ".
La conquête espagnole, loin de mettre un terme à cette pratique, constatée par Francisco Pizarro dès son arrivée au Pérou en 1531, va au contraire l'encourager. Elle permet de doubler le temps de travail des malheureux dans les mines des nouvelles colonies et elle devient même leur principale rémunération. La première interdiction remonte au concile de Lima qui condamne la coca pour ses propriétés jugées "sataniques", le clergé péruvien continue néanmoins de prélever sans sourciller son impôt sur le commerce des feuilles de coca!
Le première description scientifique de la feuille de coca remonte à 1750, lors du retour d'Amérique du Sud du botaniste français Joseph de Jussieu. Mais il faut attendre 1863, quand un certain Angelo Mariani, chimiste corse, dépose les brevets de plusieurs produits de sa composition. Des pastilles à la coca, du thé à la coca et un vin aux extraits de coca, dont la réclame vante les propriétés tonifiantes et qui remporte un vif succès commercial. Le vin Mariani et son créateur deviennent bientôt célèbres dans toute l'Europe.
Mais cette invention est vite éclipsée sur les marchés par une autre boisson. En 1886, un pharmacien américain d'Atlanta, John Smith Pemberton, s'inspire du vin Mariani pour concocter une potion stimulante à base de coca et de noix de cola (Cfer La saga des marques, Historia n° 662). En 1892, Asa Candler, un autre chimiste, rachète les droits et fonde la Coca-Cola Company...
Une dizaine d'années plus tard, les scientifiques découvrent les dangers de la cocaïne, l'un des alcaloïdes de la feuille de coca. L'alcaloïde est alors retirée des feuilles de coca entrant dans la composition du Coca-Cola (décocaïnisée).
En 1855, Friedrich Gaedcke, un savant allemand, réussit à isoler la cocaïne contenue dans la feuille de coca. Cinq ans plus tard, un autre Allemand, Albert Nieman, élabore la cocaïne purifiée telle que nous la connaissons aujourd'hui.
Depuis, l'amalgame entre Feuille de Coca et Cocaïne ne s'est jamais démenti.

Aujourd'hui à quoi sert la feuille de coca?
Encore aujourd'hui, la feuille de coca est partout dans les échanges andins. On voit encore des paysans avec la boule à la joue, ou saluer la montagne avec 3 feuilles de coca dans la main... Dans l'univers mental des indiens, il y a trois mondes en interaction: Celui des d'en haut, le monde des dieux; celui du milieu où nous vivons tous et celui d'en bas. Entre ces 3 mondes, l'échange spirituel est permanent et la feuille de coca y est toujours présente. Sans elle, l'interaction entre les 3 mondes n'est pas possible. Elle est ainsi offerte à la Pacha Mama (Terre Mère) pour la remercier d'une bonne récolte. Lors de la messe aymara (Kintu), les prêtres lisent l'avenir dans ses fibres. La mort, le mariage, la naissance... Les moments symboliques de la vie humaine s'accompagnent toujours d'offrandes de coca. Elle demeure donc encore aujourd'hui un élément symbolique fort, à valeur d'échange terrestres entre les communautés des montagnes et des vallées, et symboliques avec les autres mondes. Dans nos sociétés chrétiennes, le pain et le vin sont des symboles forts, et utilisés pour souhaiter bonheur et santé ou accueillir un ami. Dans la société andine, la coca joue ce rôle de lien entre les gens. Si tu es considéré comme un ami par un indien, il t'offrira de la coca. La feuille sacrée est présente dans toutes les activités publiques et privées de la communauté.
Et évidemment, une partie importante de la production de la feuille de coca entre également dans la composition de la drogue bien connue...

La coca, une plante miracle!
A la différence d'autres cultures (maïs, blé, riz,...) la coca est extrêmement bien adaptée aux régions tropicales de la Bolivie, du Pérou, d'Equateur et de Colombie. Elle offre de plus jusqu'à 4 récoltes par an et ne nécessite que peu d'entretiens, résistant très bien aux parasites et autres maladies. Constituée de 14 alcaloïdes dont la cocaïne (0.5 à 3%), elle est scientifiquement parlant un stimulant, pas un narcotique, ne créant pas de dépendance. La mâcher diminue fortement les caries, augmente la résistance physique, diminue la faim et alimente la personne qui la mâche. Au niveau nutritionnel, 100 gr de coca bolivienne suffisent à satisfaire les besoins journaliers en calcium, fer, phosphore, vitamine A et B2. Un récent rapport de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) démontre d'ailleurs que dans son état naturel, elle n'est nullement nocive pour la santé, et l'Université de Harvard affirme même qu'il s'agirait d'un des meilleurs aliments au monde.

Utilisation de la feuille de coca
La coca est utilisée dans des centaines de produits aussi basiques que du shampoing, du dentifrice, des vêtements, des médicaments,... Pour les défenseurs de la plante, il s'agit d'ailleurs d'un potentiel considérable pour la région andine et qui pourrait être commercialisé à l'Ouest! Mais l'interdit est toujours là... Sauf pour une seule société qui parvient (on ne sait pas comment, je me demande...) à contourner l'interdit, l'américain (ben tiens!) Stepan qui importe en toute légalité, comble de l'ironie, aux Etats Unis, 175 000 Kg pour fabriquer, entre autre chose, un arôme décocaïné pour... Coca Cola! Le monde est quand même bien fait, mais toujours en faveur des mêmes.

Transformation de la feuille de Coca en Cocaïne
Il faut faire tremper les feuilles de coca dans du kérosène pendant 3 jour en les piétinant régulièrement, puis mélanger le jus obtenu avec de la chaux. Il suffit de filtrer l'ensemble pour obtenir une pâte brunâtre qui doit ensuite sécher pendant 8 heures au soleil. La pâte obtenue est ensuite mélangée avec de l'acide, de l'éther, de l'acétone, encore de la chaux, du permanganate de potassium, de l'ammoniaque et enfin de l'alcool concentré. On attend ensuite 50 minutes que cristaux se déposent, et on filtre pour récupérer le chlorhydrate de cocaïne. Il suffit ensuite de faire sécher, de retirer les grumeaux (cristaux) et de faire sécher à nouveau pendant 3 heures pour obtenir une poudre blanche, la cocaïne.
Ceci pour vous montrer que le produit de base n'est en rien semblable au produit fini... Condamner la feuille de coca parce qu'elle est le produit de base pour fabriquer la Cocaïne reviendrait à interdire de commercialiser le fer sous prétexte qu'il sert à faire des mines anti-personnelles!

Evolution du prix des différents produits liés à la feuille de Coca et à la Cocaïne
Prix d'un kilo de feuille de coca pour le cultivateur: 1,5 $
Prix d'un kilo de chlorhydrate: 1500$
Prix d'un kilo de cocaïne: au Mexique: 3-4000 $, à Miami: 15000$
En résumé, le kilogramme de cocaïne payé au producteur et le gramme payé par le consommateur, l'augmentation peut atteindre de 2500%...
Ceci pour faire prendre conscience de la dualité profonde entre les paysans producteurs et les narcotrafiquants... ces deux mondes ne marchent pas mains dans la main, et ce n'est certainement pas le paysan andin qui encaisse in fine les énormes montants liés à la vente de son produit...

Enjeux géopolitiques et économiques
La lutte contre la drogue est un échec fracassant, à regarder les objectifs officiels, puisque malgré la guerre menée depuis des lustres contre la drogue, elle n'a pas réussi à faire baisser la production qui, au contraire, se délocalise chaque fois d'un pays à l'autre, voire d'une région à sa voisine. La guerre avait fait chuter la production de 140.000 à 40.000 Ha au Pérou et de 35.000 à 5.500 Ha en Bolivie, mais la production s'était aussitôt déplacée en Colombie où elle atteint 120.000 Ha aujourd'hui...
Mais si on prend en compte l'objectif moins avoué, l'échec se transforme vite en réussite... Ce dispositif a surtout pour objectif de contrôler une région stratégique, tant sur le plan économique que politique (Voir, entre beaucoup d'autres, article du Monde Diplo). Les Etats Unis sont effectivement présents militairement un peu partout en Amérique Latine (Puerto Rico, Equateur, Colombie, El Salvador, Antilles Néerlandaises, Bolivie, Honduras,...). Et ce d'autant qu'elle est agitée de forts mouvements qui ont tout pour inquiéter les Etats-Unis : élection du " bolivarien " Hugo Chavez au Venezuela, renforcement considérable des guérillas en Colombie, agitation civico-militaire en Equateur et Bolivie (tous pays producteurs de pétrole par ailleurs).

Quelques exemples d'ingérence américaine
La Colombie ne vient elle pas de signer l'interdiction d'extrader des militaires américains vers la Cour Pénale Internationale sur les pressions de Washington qui menaçait d'annuler l'aide militaire contre les narcos (comme le Honduras l'avait fait voici quelques mois)?
L'ingérence américaine (voire Histoire des interventions américaines dans le monde) allant parfois encore plus loin, dictant son point de vue directement au peuple, comme le jour où l'ambassadeur américain à La Paz a "vivement déconseillé" aux Boliviens de voter pour Evo Morales, le leader indien aux dernières élections présidentielles, sous peine d'annuler l'aide américaine... Alors la guerre à la drogue, échec ou réussite?

Pourquoi la guerre à la coca est elle un échec?
Au delà du fait que je pense que toutes les politiques de répressions sont un jour où l'autre vouées à l'échec, la raison principale du fait que la feuille de coca continue à être produite a des racines socio-économiques.
En effet loin de constituer un "choix de vie" de la part des paysans, la culture de la coca permet simplement à des milliers de paysans andins de survivre.
En l'absence de réforme agraire, de politique de développement, d'une vraie et vivable alternative à la culture de la coca, elle demeurera, parce qu'aucune autre culture traditionnelle ne leur garantit un niveau de revenu équivalent.
Je suis également convaincu que tant qu'on aura pas changé les règles qui régissent le commerce international, rien ne changera vraiment pour les cultivateurs de la coca. En inondant les marchés des pays andins de leur propres produits agricoles largement subventionnés, les occidentaux poussent eux même les paysans andins vers ces cultures "de survie"... Mais développer les problèmes du commerce international et changer les règles de l'OMC serait trop long ici, mais fera peut être le prochain sujet que j'aborderai.
Voilà un aperçu de la question sur la feuille de coca, j'espère, non pas avoir fait le tour de la question, mais vous avoir donné une idée générale du problème.

Quelques liens intéressants sur la coca:
Un projet de valorisation de la coca:
http://www.mamacoca.org
Un coup de gueule sympathique:
http://www.lapdelsol.ch/Pages_diversites-droits/coca.html

Pour tout commentaire: vstevaux@yahoo.com

 



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Mis en ligne le 26/09/03